Fournir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, furnir. Probablement issu du francique * frumjan, « exécuter, faire », sous l'influence de garnir.

I. V. tr.
1. Pourvoir de ce qui est nécessaire, approvisionner. Fournir quelqu'un de vivres. Fournir un régiment. Ce marchand avait fourni la maison de vin, de bois ou en vin, en bois. C'est lui qui fournit ce magasin, qui en est le fournisseur ordinaire. Fig. Fournir quelqu'un en arguments. Pron. Il se fournit d'ordinaire chez ce libraire.
2. Procurer, faire avoir. Fournir des armes à un pays, de l'argent à quelqu'un. Fournir les vivres. Je vous ai les fonds nécessaires. La couturière a l'étoffe. Absolt. Notre usine ne parvient plus à , à satisfaire les commandes. Par ext. Cette prairie fournit un excellent fourrage. Les graines de colza fournissent de l'huile. Le mouton fournit de la laine et de la viande. Absolt. Fam. Ce blé ne fournit pas beaucoup, il est d'un rendement médiocre. Par anal. Cette école a fourni de grands administrateurs. Fig. C'est un fait divers qui lui a fourni le sujet de son livre. Il a promis de me des renseignements. Cela peut nous quelque lumière. Fournir un prétexte, une occasion favorable. Fournir matière à, donner matière à.
3. Présenter, communiquer ce qui est requis ; produire. Fournir un certificat médical, une fiche d'état civil. Liste de pièces à . Fournir un état de ses dépenses. J'en ai la preuve quand on le voudra. . Jouer une carte de la couleur demandée. Si vous avez de l'atout, vous devez en . Fournir une carte à pique ou, ellipt., à pique et, absolt., fournir.
4. Vieilli. Achever, parfaire. Fournir une course, un parcours, l'accomplir jusqu'à son terme. Expr. Fournir un travail, un effort, l'accomplir.

II. V. intr. Subvenir à, pourvoir à. Fournir à la dépense, aux frais d'un voyage, aux besoins de sa famille. Fig. Faire face à, suffire à. Il n'arrive plus à à la besogne, à la tâche.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Pourvoir, approvisionner. "Fournir quelqu'un de provisions. Ce marchand avait fourni cette maison de vin, de bois. Se des choses nécessaires. Fournir une maison de meubles. Fournir un magasin de toutes les marchandises nécessaires. Fournir un étui de toutes ses pièces." Absolument, "C'est lui qui fournit dans cette maison. Il se fournit d'ordinaire chez ce marchand. Une boutique bien fournie. Une table bien fournie. Une bibliothèque bien fournie."
Il signifie aussi Livrer, procurer, faire avoir. "Fournir des armes. Fournir de l'argent à quelqu'un. Je ai les fonds nécessaires. Il est juste de lui rendre ce qu'il a fourni pour vous. L'huile que fournissent les graines de colza. Cette école préparatoire est destinée à des officiers, des professeurs, des administrateurs, etc. Ce livre m'a fourni plusieurs citations. Fournir des idées. Il a promis de me " "des renseignements. Je vous en ai les moyens. Cela peut nous quelque lumière. Fournir un aliment à la curiosité publique. Fournir matière à des conjectures." En termes de Jeu, "Si vous avez de l'atout, vous devez en fournir."
Il signifie particulièrement Produire, exposer, surtout en termes de Procédure et d'Administration. "Fournir ses défenses, ses griefs. Il n'a pas fourni toutes ses pièces. J'en ai la preuve quand on le voudra. Il n'a pas encore fourni ses comptes."
En termes de Manège, "Fournir la carrière," La parcourir tout entière. "Ce cheval a bien fourni la carrière." Fig., "Il a fourni une belle carrière," Il a vécu avec honneur et avec estime jusqu'à la fin.
Il signifie aussi, intransitivement, Subvenir, contribuer en tout ou en partie. "Fournir à la dépense. Fournir aux frais."
Le FOURNI, IE, signifie quelquefois, adjectivement, Qui est épais, touffu. "Un bois bien fourni. Une barbe, une chevelure bien fournie."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Procurer une provision de quelque chose ; en ce sens la chose fournie se joint au verbe par la préposition de. Fournir l'armée de blé.
RAC.: « On me donnait le soin De la maison de chandelle et de foin »
    Fig.
CORN.: « Cet amour paternel qui te fournit d'excuses »
    Il se dit particulièrement avec une idée d'habitude. Fournir une maison de chandelle.
VOLT.: « C'était dans ce pays seul [en France] qu'on fabriquait parfaitement les instruments nécessaires [à la chirurgie] ; il en fournissait tous ses voisins »
    Absolument. Procurer en général les provisions nécessaires.
DUCLOS: « Les marchands de Paris sont flattés de donner des repas aux officiers des régiments qu'ils fournissent »

 2   Garnir. Fournir une maison de meubles. Fournir un étui de mathématiques de toutes ses pièces.
    Fournir l'action, le théâtre, remplir suffisamment la scène (sens aujourd'hui peu usité).
CORN.: « Il ne faut jamais laisser le théâtre sans qu'on y agisse, et l'on n'y agit qu'en parlant ; ainsi Dorante, qui écrit, ne le remplit pas assez ; et, toutes les fois que cela arrive, il faut l'action par d'autres gens qui parlent »
D'AUBIGNAC: « Ainsi fait M. Corneille dans les Horaces ; il prend le roman après la trêve arrêtée et le combat résolu de trois contre trois de chacun parti ; il fournit assez bien son théâtre par le mariage qu'il suppose de Sabine avec Horace »

 3   Livrer, faire avoir, avec un nom de personne pour sujet ; en ce sens la chose fournie est régime direct, et celui à qui on fournit est régime indirect avec à. Il a fourni presque tout dans l'entreprise. Fournir de l'argent à quelqu'un. L'ouvrier s'engage à les matériaux.
LA FONT.: « Notre soin n'aboutit qu'à ses repas »
    Avec un nom de chose pour sujet. Les fruits fournissent une nourriture saine et rafraîchissante. L'huile que fournissent les graines du colza.
CORN.: « Et que ce scorpion sur la plaie écrasé Fournisse le remède au mal qu'il a causé »
    Fig. Fournir matière à des conjectures. Ce livre m'a fourni des textes excellents et des autorités décisives dans la discussion. Les renseignements qu'il m'a fournis. Fournir un aliment à la curiosité publique.
CORN.: « Et jamais on n'eût pu Aux intérêts divers de la Seine et du Tage Ni zèle plus savant [que celui de Mazarin et du ministre espagnol] en l'art de réunir Ni savoir mieux instruit du commun avantage »
CORN.: « Et je mériterais qu'il [le feu, l'amour] me pût consumer, Si je lui fournissais de quoi se rallumer »
MASS.: « Les facilités qu'elle [la prospérité] fournit aux passions, lorsque le coeur est déjà corrompu »
VOLT.: « Que vous fournissiez ce malheureux triomphe à vos indignes ennemis, que vous laissiez penser que vous avez été forcé de quitter, c'est ce que je ne souffrirai jamais »
VOLT.: « Les Adelphes [comédie de Térence] ont fourni tout au plus l'idée de l'École des maris »

 4   Terme de jurisprudence. Fournir et faire valoir une dette, une rente, la garantir, et la payer soi-même en cas d'insolvabilité du débiteur.

 5   Terme de pratique et d'administration. Produire, exposer. Fournir ses dépenses, en justifier et en produire les comptes. Il n'a pas fourni toutes ses pièces. Il en a la preuve.

 6   Parfaire, achever. Il faut encore soixante francs pour la somme entière.
CORN.: « Si ce peu que j'ai ajouté quelquefois par la nécessité de une strophe n'est point une liberté qu'il soit à propos de retrancher »
    Fournir à peine un lustre, avoir à peine atteint l'âge de cinq ans.
CORN.: « Dircé fournissait lors à peine un lustre entier »

 7   Terme d'escrime. Fournir à quelqu'un un coup d'épée, lui donner un bon coup d'épée.

 8   Terme de manége. Fournir son air, se dit du cheval qui exécute ses exercices avec toute la mesure et toute la précision possibles.
    Fournir la carrière, la parcourir tout entière.
ROLLIN: « Quand le prince [Alexandre], après avoir fourni sa carrière, revint tout fier et plein de joie d'avoir réduit ce cheval [Bucéphale] qui avait paru si indomptable, tous les courtisans à l'envi lui applaudirent et le félicitèrent »
    Par extension.
MARIV.: « Je suis souffrant, et je ne pourrais la course »
BUFF.: « Un oiseau de vol court et rasant les rivages ne peut avoir fourni la traversée du vaste océan Atlantique »
    Fig. Fournir sa carrière, achever de vivre. Il n'a pas fourni une longue carrière.
FLÉCH.: « Pour achever ce qui restait à de sa carrière »
LAMOTTE: « L'un et l'autre a fourni sa course Prescrite par l'ordre éternel »
VOLT.: « Ne songeons plus, mon pauvre Thiriot, qu'à ensemble tranquillement notre carrière philosophique »
    Il a bien fourni sa carrière, il a vécu honorablement jusqu'à la fin.
    En un sens contraire.
MASS.: « Après avoir mal fourni sa carrière, on ne revient plus sur ses pas pour prendre d'autres routes »
    Fournir une carrière, accomplir quelque travail, achever quelque oeuvre.
OLIVET: « Après avoir surpassé dans sa grande histoire de France tous ceux qui avaient fourni avant lui cette carrière, il [Mézerai] se surpassa lui-même dans son Abrégé »
VOLT.: « Vous n'avez point eu cette ressource, et cependant vous avez fourni cette longue carrière de cinq actes qui est si prodigieusement difficile à remplir sans épisodes »

 9   V. n. Fournir habituellement les provisions. C'est un tel qui fournit dans cette maison.

 10   Subvenir, contribuer. Fournir à la dépense, aux frais.
BOILEAU: « Un mari ne veut pas à ses besoins »
ROLLIN: « Il [Épaminondas] porta le désintéressement si loin, qu'il ne laissa pas en mourant de quoi aux frais de ses funérailles »
M. J. CHÉN.: « Sous leur soc triomphant la terre enorgueillie Fournissait avec joie aux besoins de leur vie »
    Absolument.
PASC.: « Si notre vue s'arrête là [à l'univers visible], que l'imagination passe outre, elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de »

 11   Suffire.
CORN.: « Donnons ordre au présent ; et, quant à l'avenir, Suivant l'occasion nous y saurons »
MOL.: « Ma foi, me trouvant las, pour ne pouvoir Aux différents emplois où Jupiter m'engage »
SÉV.: « On voit une petite imagination qui va, qui brille, qui fournit à tout, et qui, avec les grâces de sa jolie personne, ne frappe jamais à faux »
MASS.: « Il faut un corps de fer pour aux plaisirs que le monde vous impose »

 12   En termes de jeu de cartes, jouer une carte de la couleur qui est demandée. Si vous avez du trèfle, vous êtes obligé de . Au piquet, on ne peut se dispenser de .
    On dit aussi à trèfle, et activement du trèfle.

 13   Se , v. réfl. S'approvisionner. Il se fournit chez ce marchand.

PROVERBE Il le faut de fil et d'aiguille (voy. FIL).

REMARQUE
    On trouve dans les auteurs du XVIIe siècle fréquemment de employé neutralement. Cet emploi de a vieilli.
TRISTAN: « Il a pour lui d'excuse légitime »
CORN.: « Ne cherchons-nous ici que les occasions De de matière à leurs divisions »
LA FONT.: « Bien que j'abrégeasse mon récit, il nous fournit d'entretien jusqu'au château »
FURETIÈRE: « Faire un boudin, faire un mariage entre gentilhomme et riche roturière, parce que le mari est le soutien de la maison, et la femme qui est riche fournit de graisse pour l'entretenir »
BOILEAU: « Je veux que la valeur de ses aïeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques »
RAC.: « Il fallait qu'un héros.... Leur offrît un asile [aux Muses] et fournît de matière à leurs divines voix »
PERRAULT: « Non-seulement il a fait de sa main de très beaux ouvrages, mais il fournit de dessins à plusieurs autres sculpteurs fort habiles »
VERTOT: « Bien des gens pouvant de courage et de résolution l'épée à la main, qui ne sont pas capables de soutenir de sang-froid tout le poids d'un secret important »

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Ronc. p. 15: Ceste besogne sera par moi fornie
     ib.: La quinte eschelle [escadron] forniront li Normant
     ib. p. 144: p. 132 [L'espée] Dont [il] ot forni maint grant estor champel
     Th. le mart. 134: Tuz ses comandemenz sumes près de furnir, E chastals et citez brisier et asaillir, E perilz de nos cors et des anemes [âmes] suffrir
     ib. 130: Tut cest conseil aveient furni et aturné Li trei prelat qui erent de lur mestier sevré
     ib. 61: Li reis prit tut fors tant que li lius ert furnis [garni]
     ib. 33: L'arcevesque respunt qu'il n'en volt plait tenir ; Jurs ne li ert [était] asis des acuntes furnir
     ib. 26: Qui pris est à embler [voler] ou à tel felunie, La justice en seit faite e pleniere e furnie
     Raoul de C. 39: Biax fix, dist ele, grant vos voi et forni ; Seneschax estes de France, Dieu merci
    XIIIème siècle
     Berte, XIII: Le coutel dont il doivent la traïson
H. DE VALENC.: « Porquerés messages hastéement, qui bien sacent cest message furnir »
     Ren. 11162: Quant Renart l'ot, si ot grant joie, Ne set s'il fornira la voie ; Mais comment que il l'en doie estre, La croiz a sor l'espaule destre
BEAUMANOIR: « Et disoit encore qu'il s'estoit présentés à l'ore de mie di, par quoi il voloit son apel avoir furni »
BEAUMANOIR: « Et ne porquant [cependant] noz n'esperons pas en noz le sens par lequel noz puissons furnir cest livre et ceste emprise [entreprise] »
GUI DE CAMBRAI: « Se tu le voes [Dieu] de cuer servir, Il t'aidera bien à furnir T'uevre [ton oeuvre].... »
JOINV.: « Sus un bas cheval bien fourni seoit ; ses renes avoit getées sur l'arçon de sa selle »
    XVème siècle
     Ordonn. oct. 1485: Voulons et ordonnons que pour chacune lance fournie, qui sont sept personnes, nos dits gens de guerre ne pourront prendre par jour que un mouton
COMM.: « Ilz ne payoient riens et estoient fournis de ce qui leur estoit necessaire »
     Perceforest, t. III, f° 11: Malaquin se plaint que aucun chevalier ne le fournist à la jouste [ne lui prête le collet]
    XVIème siècle
MONT.: « Il fault tousjours luy [à l'âme] d'object ou.... »
MONT.: « La memoire leur fournit la chose entiere et presente »
MONT.: « Une estude [cabinet] fournie de toute sorte de livres »
LA BOËTIE: « On n'a pas le temps, quand Dieu envoye la tempeste, de chercher ce qui fait mestier, et à l'heure ne peut on pas de ce qui est mal ordonné »
LA BOËTIE: « Le jour est près que mes forces jà vaines Ne pourront plus à mon tourment »
AMYOT: « Il avoit vingt mille que mulles que mulets travaillans par chascun jour pour à ses engins de baterie »
AMYOT: « Il feit coupper les arbres de l'Academie, qui en estoit mieulx fournie que nul autre parc de plaisance »
AMYOT: « Pour à la dissolution des siens, il avoit besoing de grand argent »
AMYOT: « .... Que son camp auroit foison de vivres qu'il lui oit de ses païs »
D'AUB.: « Il allongea un coup d'espée au cavalier qui se trouva armé, de sorte qu'il lui en fournit un second au deffaut de la cuirasse »
D'AUB.: « Si le sr de la Magdelaine a envie de sa pointe [se battre en combat singulier], il y a un beau sable entre ce lieu et Nerac »
DU BELLAY: « Et quant à ce, te ont de matiere les louanges des dieux et des hommes vertueux »
CONDÉ: « Il se presenta pour trouver preuves contre le prince de Condé, desquelles neantmoins il disoit ne pouvoir autrement , sinon que premierement il fust en liberté »
     Lettre du prince de Condé, J. des savants, fév. 1860, p. 100: Je vous envoye ce gentilhomme present porteur, pour entendre de vous quels moyens vous avez de promptement d'hommes aguerris et armés, pour incontinent les envoyer en ce lieu
PASQUIER: « Fournir à nature [mourir] »
H. EST.: « Un gentilhomme du nom duquel je ai [que je nommerai], si besoin estoit »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, fornir ; bourguig. forni ; provenç. fornir, et aussi formir, furmir, fromir, remplir, accomplir ; catal. espagn. et portug. fornir ; ital. fornire, et aussi fronire qui est cité et qui est important pour l'étymologie ; bas-lat. furmimentum, dans un texte provençal du XVe siècle, DU CANGE., On a proposé de le tirer de furnus, four (voy. DU CANGE au mot furnire) ; de sorte que serait rendre, donner comme fait le four dont on tire le pain. Il y a deux formes, fornir et le provençal formir, fromir ; dans cet état, il faut admettre ou que l'm s'est changée en n, ou que l'n s'est changée en m. Diez admet la mutation de l'm en n, c'est-à-dire regarde formir, fromir, comme le véritable thème ; et alors la dérivation se fait sans peine du germanique : anc. h. allem. frumjan, achever, procurer ; goth. fruma, avantage ; allem. mod. frommen, profiter. La mutation de l'n en m étant aussi possible que celle de l'm en n, c'est au sens qu'il faut demander un motif pour se décider. Or avec frumjan le sens est direct et naturel ; avec four il est métaphorique ; et, pour accepter une métaphore aussi éloignée, on aurait besoin de rencontrer des exemples de avec le sens où l'idée de four intervient. Ces exemples faisant défaut absolument, l'origine germanique prend un avantage considérable. De plus, comme, dans une étymologie, on doit tenir compte de toutes les formes romanes, on comprend comment un mot germanique sans relation a pu changer son m en n ; mais on ne comprend pas qu'un mot aussi usuel et aussi connu que four ou forn ait perdu son n, pour prendre une m ; on comprend sans peine par la même raison qu'à côté de fromir, forme correcte, se soit formé formir ; mais on ne comprend pas que de forno l'italien ait fait fronire. Ces raisons semblent décisives en faveur de l'étymologie germanique.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE FOURNIR. Ajoutez :

 14   Se , se munir.
MALH.: « Voulez-vous que votre esprit se fournisse de belles conceptions ? soyez pauvre, ou vivez en pauvre »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Pourvoir, approvisionner. On y joint souvent une idée d'habitude. "Fournir l'armée de blé. Fournir de vivres. Ce marchand avait fourni cette maison de vin, de bois. C'est lui qui fournit cette maison." Neutralement, "C'est lui qui fournit dans cette maison." On l'emploie souvent avec le pronom personnel. "Se des choses nécessaires. Il se fournit d'ordinaire chez ce marchand."
Il signifie particulièrement, Garnir. "Fournir une maison de meubles. Fournir un magasin de toutes les marchandises nécessaires. Fournir un étui de toutes ses pièces."
Il signifie aussi, Livrer, donner, procurer, faire avoir. "Fournir du blé à l'armée. C'est lui qui fournit le pain, la viande, etc. Un ouvrier qui s'oblige de les matériaux. Fournir des armes. Fournir de l'argent à quelqu'un. Je ai les fonds nécessaires. Il est juste de lui rendre ce qu'il a fourni pour vous."
Il s'emploie figurément dans le même sens. "Ce livre m'a fourni plusieurs autorités. Fournir des idées. Fournir des raisons. Il a promis de me des renseignements. Je vous en ai les moyens. Cela peut nous quelque lumière. Fournir un aliment à la curiosité publique. Fournir matière à des conjectures."
En Jurispr., "Fournir et faire valoir une dette, une rente que l'on a transportée à quelqu'un," Garantir la dette, la rente, et la payer soi-même, au cas que le véritable débiteur devienne insolvable.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie particulièrement, Produire, exposer, établir, surtout en termes de Pratique et d'Administration. "Fournir ses défenses, ses griefs. Il n'a pas fourni toutes ses pièces. J'en ai la preuve quand on le voudra."
En termes d'Escrime, "Fournir à quelqu'un un coup d'épée," Lui donner un bon coup d'épée.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Achever, parfaire. "Il faut encore soixante francs pour la somme entière."
En termes de Manége, "Fournir la carrière," La parcourir tout entière. "Ce cheval a bien fourni la carrière."
Fig., "Il a bien fourni sa carrière," Il a vécu avec honneur et avec estime jusqu'à la fin.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi neutralement, Subvenir, contribuer en tout ou en partie. "Fournir à la dépense. Fournir aux frais. Fournir à l'appointement, aux appointements."
Il signifie encore, Suffire. "Il n'y peut . On ne saurait à tout."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

FOURNISSEUR, s. m. FOURNITûRE, s. f. ["Four-ni", "niceur", "ni-tûre": 3e lon. au 3e.] "Fournir", 1°. Pourvoir. Il gouverne, ou l'acusatif de la persone et l'ablatif de la chôse; ou l'acusatif de la chôse et le datif de la persone. On dit également: on "l'a fourni de" de ce qui était nécessaire, "ou", on "lui a fourni ce" qui, etc. Le second est plus usité. 'Ce livre "m'a fourni" plusieurs remarques. 'Son esprit "lui fournit" tous les jours de nouvelles pensées.
- 2°. V. neut. Contribuer. '"Fournir à la" dépense, "aux" frais. 'Les Lettres "fournissent aux" besoins les plus importans de la vie civile; et répandent sur elle les plaisirs les plus délicats. "Raymond", Acad. de Mars. = Il régit quelquefois "de" et "à": 'Ils naissent pour soufrir, pour " de" leurs peines et "de" leurs sueurs "à" vos plaisirs. "Massill."
- 3°. Suffire. 'Il ne saurait " à" tout. 'Ce cheval "fournit à" tout le travail.
   FOURNITûRE, provision. '"Fournitûre de" blé, "de" vin, "de" bois, etc. = Ce que les Tâilleurs, Tapissiers fournissent, outre leur travail. 'Tant pour la façon, et tant pour les "fournitûres". = On apèle aussi "fournitûres", les petites herbes, dont on acompagne la salade.
   FOURNISSEUR, celui qui entreprend de faire la fournitûre de quelque marchandise. 'Les "fournisseurs" des troupes. = Au "figuré", on l'emploie dans le style badin ou critique. 'Ne somme-nous pas les vrais faiseurs et "fournisseurs" de l'Europe. "Coyer", parlant des modes. 'Les bévûes sans nombre dont cet écrit (la Philosophie de l'Histoire) fourmille de toutes parts, doivent être moins attribuées à M. de Voltaire qu'à "ses fournisseurs". L'Ab. "Guenée" c. à. d. à ceux qui lui ont fourni des matériaux.




Emplacement dans le dictionnaire :

fourmilière
fourmiller
fournaise
fournaliste
fourneau
fournée
fourni
fournier
fournil

fournissement
fournisseur
fourniture
fourrage
fourrager
fourragere
fourre
fourré
fourreau
fourrer
fourrier




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Edmond ROSTAND (Cyrano de Bergerac)

...ding-don ! ma pointe voltige : une mouche ! décidément... c'est au bedon, qu'à la fin de l'envoi, je touche. il me manque une rime en eutre... vous rompez, plus blanc qu'amidon ? c'est pour me fournir le mot pleutre ! -tac ! Je pare la pointe dont vous espériez me faire don ; - j'ouvre la ligne, -je la bouche... tiens bien ta broche, laridon ! à la fin de l'envoi, je touche. (il annonce...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...la morale scientifiquement leur impuissance à formuler un idéal. On dit que leur respect du fait ne leur permet pas de le dépasser ; qu'ils peuvent bien observer ce qui est, mais non pas nous fournir des règles de conduite pour l'avenir. Nous espérons que ce livre servira du moins à ébranler ce préjugé, car on y verra que la science peut nous aider à trouver le sens dans lequel nous devons...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...à cause de l'importance des résultats qui précèdent, il est bon, avant d'aller plus loin, de les confirmer une dernière fois. Cette nouvelle vérification est d'autant plus utile qu'elle va nous fournir l'occasion d'établir une loi qui, tout en leur servant de preuve, servira aussi à éclairer tout ce qui suivra. Si les deux sortes de solidarités que nous venons de distinguer ont bien l'expression...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...uniquement dans l'échange. Mais, même à ce point de vue, l'expression qu'il emploie n'est pas exacte. Sans doute, quand, après avoir pris livraison d'un objet ou profité d'un service, je refuse d'en fournir l'équivalent convenu, je prends à autrui ce qui lui appartient et on peut dire que la société, en m'obligeant à tenir ma promesse, ne fait que prévenir une lésion, une agression indirecte. Mais, si...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...avons besoin, et comme l'homme primitif n'a aucun besoin de tous ces produits que l'homme civilisé a appris à désirer et qu'une organisation plus complexe du travail a précisément pour effet de lui fournir, nous ne pouvons comprendre d'où vient la spécialisation croissante des tâches que si nous savons comment ces besoins nouveaux se sont constitués. Si le travail se divise davantage à mesure que les...


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